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Laurent Barcelo

Laurent Barcelo

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Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France: lecture historique.

     

Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France: lecture historique.

La notion de « mémoire » peut-être définie, dans sa perspective historique, comme l’ensemble des souvenirs, vécus, construits ou transmis (par la famille, l’école …), des individus et des groupes, d’un événement historique. Les mémoires sont des représentations qui se construisent, évoluent voire entrent en concurrence. La mémoire est la présence du passé dans le présent. C’est également une appropriation sélective des souvenirs du passé. La mémoire est individuelle, mais elle peut être aussi collective, à différentes échelles (familiale, locale, régionale, communautaire, nationale, mondiale). Comme l’a montré Pierre Nora (Les Lieux de mémoire, Gallimard, Paris, 1984-1992) mémoires et patrimoine relèvent fondamentalement de la subjectivité : une mémoire sert les intérêts matériels ou symboliques d’un groupe (groupes des héritiers d’un passé, groupes ethniques, groupes politiques, groupes nationaux…), lesquels peuvent être tout à fait légitimes, ou non. C’est pour établir cette légitimité qu’intervient l’historien.

La mémoire, matériau de l'histoire, a aussi une histoire. L'histoire de la mémoire a été développée par les travaux d'Henry Rousso (Le syndrome de Vichy, Paris, Points Seuil, 1987) sur la mémoire du régime de Vichy (1940-1944) : l'historien a démontré qu'au lendemain de la guerre, il y avait eu amnésie, puis  dans le second vingtième siècle - une hypermnésie sur la période, c'est-à-dire l'obsession de Vichy. On peut étendre cette périodisation au génocide des Juifs : en publiant en 1978 un mémorial des Juifs de France déportés et tués dans les camps nazis, Beate et Serge Klarsfeld ont contribué à faire resurgir les mémoires enfouies.

La question des mémoires de la Seconde Guerre mondiale concerne un conflit aux enjeux tels qu’ils rompent l’unité de la nation et divisent profondément les forces sociales et les forces politiques. Ces mémoires, multiples, évoluent: occultation destinée à la restauration de la paix civile au sortir des conflits, puis « travail de mémoire » des groupes insatisfaits ; réception plus ou moins large et non sans conflits des mémoires ainsi révélées, jusqu’à leur acceptation officielle (exemple : les excuses du président de la République Jacques Chirac pour la participation de l’Etat français à la persécution des Juifs). La question des mémoires de la Seconde Guerre mondiale est désormais de plus en plus dans l’histoire (disparition des témoins directs) et, tout en conservant d’importants enjeux politiques et éthiques, elle se libère des enjeux liés aux acteurs survivants et politiquement actifs. En quoi le contexte d’élaboration des mémoires étudiées les a-t-il déterminées (construction des mémoires) ? Quelles mémoires de ces conflits peuvent être identifiées au sein de la société française (multiplicité des mémoires) ? Comment les historiens ont-ils fait de ces mémoires des objets d’histoire (historicisation des mémoires) ?

 

Gaullisme, communisme et résistantialisme : une mémoire sélective des années 1940 aux années 1970.

La Seconde Guerre mondiale est « un passé qui ne passe pas » : c'est le seul moment de l'histoire de France où le Gouvernement et l'ensemble des administrations se sont mis au service de l'ennemi, volontairement et pour le pire. La mémoire de cette période conjugue donc les souvenirs (précis ou déformés) et les oublis (volontaires ou refoulés).


La mémoire de la Résistance ne connut pas un parcours linéaire. Entre 1945 et 1971, la lecture de l'Occupation est assez unanimiste, relevant du mythe « résistantialiste » : tous les Français ont résisté massivement et la légitimité du gouvernement de Vichy est niée. Ce mythe, forgé en grande partie par le général de Gaulle, lui permet de freiner l'épuration (chasse aux collaborateurs), de restaurer l'autorité de l'État et l'image d'une France unie. Il souhaite la réconciliation nationale, et pour cela il lui fallait occulter Vichy, facteur de division de la communauté nationale. C’est la teneur du discours qu’il tient à la libération de Paris :

 

« Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! libéré par luimême, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle. » (Ch. De Gaulle, discours de l'Hôtel de Ville de Paris, 25 août 1944)

 

Le discours officiel, la littérature, le cinéma (La Bataille du Rail (1945) ou Le Père tranquille (1946)) glorifient les résistants et ne s’intéressent pas aux soldats vaincus de 1939, aux déportés, aux victimes de la Shoah. De nombreux monuments (le fort du Mont-Valérien abrite les dépouilles des héros célébrés le 11 novembre dont le gaulliste Pierre Brossolette et des fusillés du parti communiste, dont Gabriel Péri) sont érigés à la gloire des résistants. Des stations du métro parisien sont rebaptisées pour rappeler le souvenir de Jacques Bonsergent, Guy Moquet, Gabriel Péri...Pétain est jugé par la Haute Cour de justice à l'été 1945, condamné à mort mais gracié par de Gaulle. En 1951 et 1953 sont votées des lois d'amnistie pour les collaborateurs encore détenus en prison ; beaucoup sont ensuite réintégrés dans l'appareil d'État et notamment dans la police.

 

Les épisodes peu glorieux de la 2e GM sont occultés : la question des travailleurs du STO (Service du Travail Obligatoire), la question des « malgré-nous » = Alsaciens-Lorrains engagés de force dans l'armée allemande (14 d'entre eux ont participé au massacre d'Oradour-sur-Glane en 1944 procès en 1953), la question des « fils de Boches ». Les déportés « raciaux » ont du mal à se faire entendre : ils ne parlent pas et/ou ne sont pas écoutés. Les camps d'extermination sont moins connus que les camps de concentration comme Dachau ou Buchenwald, où avait été déportés des résistants. Le film d'Alain Resnais, Nuit et Brouillard (1956), est soumis à la censure. En 1959 le

vélodrome d'Hiver (le Vel' d'Hiv' de la rafle de 1942) est détruit.

 

La période 1947-1954 est toutefois marquée par des conflits entre la mémoire gaulliste et la mémoire communiste. On assiste à un retour des divisions entre la Résistance intérieure majoritairement communiste et la France libre du général de Gaulle. Le parti communiste se présente comme Le parti de la Résistance intérieure, « parti des 75 000 fusillés », en mettant en valeur la lutte clandestine, le combat antifasciste, le combat de classe contre les élites qui ont trahi (pleins pouvoirs donnés à Pétain par les parlementaires le 10 juillet 1940), et des figures symboliques comme Guy Môquet.

Le mythe « résistantialiste » se renforce avec l'arrivée de de Gaulle au pouvoir en 1958, dans un contexte, de nouveau, de déchirement national (guerre d’Algérie). En 1959 Uderzo et Goscinny créent Astérix, « qui résiste encore et toujours à l’envahisseur » ; Astérix chez les Goths est publié en 1963. Les musées de la résistance et de la déportation se multiplient dès les années 1960, souvent à l'initiative d'anciens résistants et déportés qui veulent transmettre aux jeunes générations leur expérience et les valeurs de la Résistance. Le Concours national de la Résistance et de la Déportation est fondé en 1962 (à destination des collèges et lycées). L’image d’une France unie et résistante, véhiculé par l'école et le cinéma (La Grande Vadrouille, de Gérard Oury avec Louis de Funès et Bourvil en 1966, ou Paris brûle-t-il de René Clément la même année ou encore L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville en 1969 d’après le roman de Joseph Kessel (1943) dont la musique servira de générique à une émission de télévision emblématique : Les dossiers de l’écran) est privilégiée. En 1960 : mémorial de la France combattante, dominé par la croix de Lorraine (symbole de de Gaulle) inauguré au Mont Valérien. Un des moments forts de cette politique est marqué par le transfert au Panthéon des cendres de Jean Moulin, héros d'une Résistance dont on masque les divisions internes. Le 10 décembre 1964, la dépouille de Jean Moulin (préfet et homme de gauche rallié à de Gaulle, envoyé en France pour organiser la liaison entre France libre et Résistance intérieure, trahi puis torturé à mort par le SS Klaus Barbie) entre au Panthéon. André Malraux, ministre de l’Information en 1945, ministre des Affaires culturelles en 1958, prononce à cette occasion un fameux discours qui célèbre l'ensemble de la Résistance, et de Gaulle :

     « Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres ».

 

 Ce transfert se déroule 3 jours après le vote de la première loi d’amnistie des délits les moins graves commis pendant guerre d’Algérie et une semaine avant le vote d’une loi sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité. La libération du pays est vue comme une victoire de la France, rachetant ainsi la défaite de 1940.

 

 

2. Le réveil des mémoires dans les années 1970

 

Cette première phase s'interrompt à la charnière des années 1960-1970, avec l'arrivée à l'âge adulte d'une génération qui n'a pas connu la guerre. La remise en cause des mythes résistantialistes s'explique par le contexte dans les années 1970 (après mai 1968 la parole se libère) en France mais aussi dans toute l’Europe. Le film documentaire Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls, sorti en 1971 un an après la mort du général de Gaulle, reçu, contre le projet de son auteur, comme révélateur de l’indignité générale de la population française devant l’occupation. Montage d’archives et de bandes d’actualité de 1940-1944, de longs métrages allemands, de films de propagande de Vichy et d’interviews (Pierre Mendès France, le résistant Emmanuel d’Astier de la Vigerie, le Waffen SS français Christian de la Mazière, des paysans résistants, des commerçants antisémites…) qui habitaient Clermont Ferrand et sa région, ce documentaire montre que tous les Français n’ont pas été résistants et provoque indignation et rancœur dans une grande partie de l'opinion publique qui refuse de voir dévoiler le pan occulté de la France de Vichy. Le film est censuré à la télévision pendant dix ans (il ne sera diffusé qu’en 1981).

 

En 1973, la traduction de l'ouvrage de l'historien américain Robert Paxton, La France de Vichy, Paxton réfute le mythe selon lequel Pétain aurait joué un « double jeu » : Pétain (le « bouclier ») aurait collaboré avec les Allemands en accord avec De Gaulle (« l'épée »). Cette thèse du « bouclier et de l'épée » a été développée par Robert Aron en 1954 dans son Histoire de Vichy. Paxton démontre que le gouvernement de Vichy « bouclier » protecteur contre les Allemands n'était qu'un mythe, et met en évidence sa responsabilité dans la lutte contre la Résistance, ainsi que sa participation au génocide. Sans renier le rôle de la Résistance, les Français prennent progressivement conscience de l'ampleur de la Collaboration et du fait que la grande majorité de la population ait été pétainiste jusqu'en 1943.

 

Entre 1945 et les années 1960, la singularité du génocide est peu reconnue. Nuit et Brouillard (1956), d'Alain Resnais et Jean Cayrol, présente une vision univoque du camp de concentration (et non d'extermination) et du déporté (résistant et non racial). L'affirmation d'une mémoire juive de la guerre se développe peu hors de la communauté juive ( Isaac Schneersohn, juif français d’origine russe, crée en 1943 un centre de documentation juive contemporaine (CDJC) pour regrouper les preuves de la persécution des Juifs ; La Revue d’histoire de la Shoahest fondée en 1946 ; en 1953 est édifié un mémorial du martyr juif inconnu).En 1964, la Shoah n'apparaît pas encore dans les manuels scolaires. A partir des années 60, la communauté juive se mobilise pour faire connaître le sort des 73 000 juifs français morts dans les camps de la mort. Deux événements concourent à ce réveil : le procès du nazi Adolf Eichmann en Israël (1961-62) (couvert pour le Washington Post par Hannah Arendt) qui donne la parole aux témoins du génocide. Adolf Eichmann est pendu à Jérusalem en 1961. D’autre part, le contexte international : lors de la guerre des Six-Jours, les Juifs de diaspora ont craint une destruction d’Israël.

 

En France, en 1972, Béate et Serge Klarsfeld créent l'Association des filles et fils des déportés juifs de France, dont un des objectifs était l'établissement d'une liste des noms des victimes juives. À partir de la fin des années 1970 et du début des années 1980, on assiste aux débuts de la médiatisation du génocide, dus notamment aux réfutations de l'existence des chambres à gaz par les négationnistes (Faurisson par exemple), à la renaissance de l'extrême droite et à la série de procès pour crimes contre l'humanité : Klaus Barbie, en 1987, est suivi par ceux de René Bousquet en 1993, de Paul Touvier en 1994 et de Maurice Papon en 1997.

 

Le procès Barbie s'est ouvert le 11 mai 1987 devant la cour d'assises du Rhône. Barbie, ancien officier SS, chef de la Gestapo de Lyon, est le premier accusé en France à répondre de crimes contre l'humanité et non de crimes de guerre, ces derniers étant prescrits à la date où il a été remis à la justice française par la Bolivie. Les chefs d'accusation sont l'expédition montée le 6 avril 1944 à la Maison d'Izieu dans l'Ain et la déportation de 650 personnes le 11 août 1944 dans le dernier convoi qui quitta Lyon à destination des camps d'extermination ; les tortures et la mort, la déportation de plusieurs personnes. Dans son procès, la parole des témoins a été fondamentale. Condamné à la prison à perpétuité pour crimes contre l'humanité, Klaus Barbie meurt en prison à Lyon en 1991.

Après la grâce accordée au milicien Paul Touvier en 1972, le président Georges Pompidou avait déclaré : « Le moment n'est-il pas venu de jeter le voile, d'oublier ces temps où les Français ne s'aimaient pas, s'entre-déchiraient et même s'entre-tuaient ? ». Une plainte avait alors été déposée contre Touvier pour crime contre l'humanité notamment pour l'assassinat d'Hélène Basch et de Victor Basch (ancien président de la Ligue des Droits de l'Homme) le 10 janvier 1944 et l'exécution de sept Juifs à Rillieux-la-Pape le 29 juin de la même année. Touvier est arrêté le 24 mai 1989, dans une institution catholique de Nice. Il meurt le 17 juillet 1996 à la prison de Fresnes.

Le premier inculpé pour crime contre l'humanité pour la rafle du Vel' d'Hiv, en juillet 1942 a été Jean Legay (mort en 1989) représentant de René Bouquet, secrétaire général de la police en zone occupée de mai 1942 à janvier 1944. Bousquet a été assassiné à Paris en juin 1993 avant que son (nouveau) procès n'ait pu être organisé.

Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de la Gironde de 1942 à 1944, (ancien préfet de police de Paris et ancien ministre sous Valery Giscard d’Estaing) est condamné en 1998 à Bordeaux à une peine de dix ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l'humanité (la déportation d'enfants juifs de Gironde en juillet 1942). Libéré en 2002, pour maladie incurable, il est mort en 2007.

Depuis les années 1970, des films concourent également à l’arrivée sur la scène publique de la mémoire de la persécution des Juifs et du génocide.  : Les Guichets du Louvre (Michel Mitrani, 1974), Monsieur Klein (Joseph Losey, 1976), Lacombe Lucien (1974, Louis Malle : histoire d’un fils de paysan qui se met au service de la Gestapo),. la série américaine Holocauste diffusée à la TV en 1979 et, en 1985, les 9 heures du film Shoah de Claude Lanzmann. En 1990, la loi Gayssot stipule que la négation des crimes contre l'humanité est un délit. À partir de 1995, J. Chirac puis les gouvernements successifs reconnaissent progressivement la responsabilité de la France dans la mise en œuvre du génocide par les nazis.

 

3 Une mémoire apaisée ?

 

L’expression « devoir de mémoire » apparaît dans les années 1990 pour désigner l’obligation d’entretenir (d’autant que le temps passe et que les acteurs et témoins directs disparaissent) le souvenir des souffrances endurées par des victimes et de réparer le préjudice moral et matériel qu’elles ont subi. C’est l’une des dimensions des procès pour crimes contre l’Humanité qui ont lieu en France.

 

En 1990, le Parlement a voté la loi Gayssot qui punit la négation des crimes contre l’Humanité. Par un décret présidentiel du 3 février 1993, la Maison d'Izieu (où le 6 avril 1944, 44 enfants et leurs sept éducateurs sont arrêtés sur ordre du chef de la gestapo de Lyon, Klaus Barbie), est reconnue avec l'ancien Vélodrome d'Hiver et l'ancien camp d'internement de Gurs comme l'un des trois lieux de la mémoire nationale des « victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l'humanité commis avec la complicité du gouvernement de Vichy ».

 

Depuis la Libération, l'État a toujours affirmé que la République n'avait rien eu à voir avec les crimes de Vichy. François Mitterrand rétablit la commémoration du 8 Mai (non fêté sous VGE pour renforcer l’amitié franco-allemande). Il est le premier président à assister en 1992 à la commémoration de la rafle du "Vel d’Hiv". Il refuse de reconnaître la responsabilité de l’État français, mais en 1993, il crée une journée nationale (le 16 Juillet) à la mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de l ’Etat français. En 1994, sur invitation de François Mitterrand, des soldats allemands défilent aux côtés des unités françaises dans le cortège militaire.

 

Mais la publication en 1994 de l’ouvrage du journaliste Pierre Péan (Une jeunesse française : François Mitterrand 1934-1947) ravive les plaies. La couverture de l’ouvrage montre François Mitterrand en présence de Pétain. Pierre Péan révèle les liens entre le président et la « cagoule » (organisation d’extrême-droite) dans les années 1930), confirme que François Mitterrand a travaillé à Vichy au Commissariat de reclassement des prisonniers de guerre, qu’il a été décoré de la francisque pour services rendus avant d'entrer dans la Résistance. Il aurait également freiné les procédures judiciaires contre René Bousquet, qui fut secrétaire général à la police de Vichy et un des organisateurs de la rafle du Vel' d'Hiv' en 1942.

 

Le 16 juillet 1995, le président Jacques Chirac reconnaît pour la première fois la responsabilité de l'État français dans la mise en œuvre du génocide juif, en particulier lors de la rafle du Vel d'Hiv à Paris les 16 et 17 juillet 1942. Une mission d'étude est constituée pour déterminer les spoliations organisées par le régime de Vichy (1940-1944). Il rend aussi hommage aux «Justes» : ces Français qui ont sauvé des Juifs. La France honore également, désormais, les autres acteurs de cette période notamment les troupes coloniales qui ont participé à la Libération de la France (sortie en 2006 sur les écrans du film «Indigènes» de Rachid Bouchareb). En 2004, le chancelier allemand Gerhard Schroeder vient participer à la commémoration du débarquement de Normandie. Les deux pays fêtent non seulement la victoire sur le nazisme aussi la réconciliation franco-allemande et l’unité européenne.

En 2007, Nicolas Sarkozy se déclare hostile à toute idée de repentance qu’il assimile à la «haine de soi». Il veut redonner toute sa place à la Résistance et il organise une journée nationale à la gloire de Guy Môquet. Ce choix est alors contesté car Guy Môquet, arrêté en octobre 1940, est mort en 1941 en raison de ses activités politiques et non pour faits de résistance. La gauche dénonce une tentative de récupération. Les historiens, eux, s’inquiètent de l’inflation des «lois mémorielles ».

 

Conclusion :

Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale sont surdéterminées par le traumatisme considérable qui en a résulté pour la population française. La défaite totale de 1940, l’armistice, la collaboration, la guerre civile, les persécutions de nombreuses victimes politiques ou raciales ont fait douter le pays de lui-même. Ni l’action de la France libre et de la Résistance, ni la victoire, ni l’épuration violente des premières semaines et partielle dans les mois et années qui suivirent n’ont suffi à laver cette blessure. La nécessité de panser ces blessures a déterminé la construction des premières mémoires, par l’héroïsation de la France libre. Les « mémoires de la Seconde Guerre mondiale » ne se limitent pas à celles qui occupèrent la scène publique (celle de la Résistance et de la Déportation qui fut construite au travers des récits des combats et des sacrifices; celle, d’abord oubliée, des victimes du génocide confrontées à la fois au caractère d’abord inexprimable de leurs souffrances et à la volonté d’occultation du rôle joué par certains Français dans le crime). D’autres mémoires ont existé, plus ou moins souterrainement : celle de ceux qui restèrent des partisans de Vichy; celle des prisonniers de guerre ou des anciens du STO; celles des « Malgré-nous » Alsaciens et Lorrains…

Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale ont donc évolué en fonction du contexte national et international, mais aussi du long et lourd travail de mémoire des historiens, des cinéastes, des journalistes, des juges et des groupes particuliers (enfants de disparus, les Justes, etc.). Au temps du résistantialisme gaulliste et communiste a succédé, au tournant des années 1960-1970, la lente émergence de la mémoire de Vichy et de la Collaboration, ainsi que celle du génocide. Le devoir de mémoire s'impose comme l'un des fondements de notre démocratie.

 

 

Bibliographie indicative

 

NORA Pierre, (dir.), Les Lieux de mémoire ; tome 1 : La République ; tome 2 : La Nation ; tome 3 : Les France ; Gallimard, Paris, 1984, 1986, 1992.

ROUSSO Henry, Le syndrome de Vichy, Paris, Points Seuil, 1987 (1ère édition).

WIERVIORKA Annette, Déportation et Génocide. Entre la mémoire et l'oubli, Paris, Plon, 1992 ( 2ème édition coll. Pluriel)

WIEWORKA Olivier, La mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres de la Libération à nos jours, Paris, Seuil, 2010.

 

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