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Laurent Barcelo

Laurent Barcelo

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L’ UNION EUROPÉENNE DE FOOTBALL ASSOCIATION (UEFA).

L’EUROPE DES 52…L’ UNION EUROPÉENNE DE FOOTBALL ASSOCIATION (UEFA).

 

Le championnat d’Europe de football, ou « euro », est le troisième événement sportif le plus médiatisé au monde après les jeux olympiques d’été et la coupe du monde de football. Cette compétition est organisée tous les quatre ans, en alternance avec la coupe du monde de football et quelques semaines avant la session des jeux olympiques d’été. L’ampleur d’une telle manifestation impose un constat : il existe une union européenne structurée et formidablement populaire, une union européenne puissante de cinquante-deux pays membres : l’Union européenne de football association (UEFA). Dès lors, plusieurs questions se posent : quelles sont les grandes étapes de la construction de cette Europe ? Comment fonctionne-t-elle ? Existe-t-il une coïncidence quelconque entre la construction européenne et le développement de cette union européenne de football ? Les compétitions européennes de football peuvent-elles être vues comme un vecteur de familiarisation des peuples à l’idée d’Europe ou au contraire comme une permanence de nationalismes anciens qui entretient dans la mémoire collective les préjugés et les conflits d’autrefois ?

 

 ÉMERGENCE ET CONSTRUCTION DE L’UEFA

 

Le 12 octobre 1902, à Vienne, Autrichiens et Hongrois disputent la première rencontre internationale de football qui se soit déroulée sur le continent européen . Le 21 mai 1904, à Paris, des hommes de sept pays européens, Belgique, Danemark, France, Pays-Bas, Espagne, Suède et Suisse fondent la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) . Mais il faut attendre 24 ans pour que le Français Jules Rimet puisse concrétiser le projet d’organiser une compétition internationale de football affranchie des normes olympiques, qui ne soit donc pas limitée par la question du statut, amateur ou professionnel, des sportifs . En 1930, la première coupe du monde de football se déroule en Uruguay . Dès les années 20, des personnalités comme Henri Delaunay, co-inventeur de la Coupe du monde avec Jules Rimet, aspiraient à construire «l'Europe du football» . Ce projet n’aboutit qu’au début des années 1950. Le 15 juin 1954, 25 délégués, représentants de 30 fédérations de football, se réunissent à l'hôtel Euler à Bâle pour fonder l'UEFA (Union of European Football Associations) . La première assemblée générale de l’UEFA se déroule le 2 mars 1955 à Vienne en Autriche. Le décès d’Henri Delaunay le 09 novembre 1954 l’empêche de défendre son idée d’organiser une compétition entre les équipes nationales européennes, ce qui explique peut-être en partie l’ajournement du projet . Le championnat d’Europe des nations. En juin 1958, l'UEFA, réunie à Stockholm, crée la Coupe d'Europe des nations, dite coupe Henri Delaunay . La compétition est ouverte aux pays affiliés à l'UEFA. Elle se déroule en deux temps : La première phase, qui débute à l’automne qui suit la coupe du monde, est consacrée aux phases éliminatoires, au cours desquelles les équipes nationales s’efforcent de se qualifier pour participer à la phase finale et remporter la Coupe Henri-Delaunay .

 

Depuis sa création, la compétition a changé plusieurs fois de noms et de formules. De 1960 à 1976, la phase finale ne réunit que quatre nations. Entre-temps, en 1974, la compétition est rebaptisée « Championnat d'Europe de football » . Le 13 mars 1977, à l’initiative du président de l’UEFA Artemio Franchi, le nombre d'équipes admises en phase finale passe de 4 à 8 . La phase préliminaire est également réorganisée: alors que les précédentes qualifications se déroulaient sous la forme d’éliminatoires directs, les équipes sont désormais réparties en 7 poules, le pays organisateur étant qualifié d'office mais pas le vainqueur de la précédente session à l’inverse de la coupe du monde. Dans chaque poule est organisé un championnat par matches aller et retour. Les premiers de chaque poule sont qualifiés pour la phase finale. Lors de cette phase finale, les formations nationales sont regroupées en 2 poules de 4 équipes. Chaque poule dispute un championnat sur simples « matches aller ». Les premiers de chaque poule rencontrent ensuite les seconds de l'autre poule. Les vainqueurs se rencontrent en finale, les vaincus s’affronte pour la troisième place. Cette nouvelle formule s’efforce de faire du championnat d’Europe un grand événement sportif, d’attirer l’intérêt des médias et du public pour la phase finale, auparavant seulement constituée des demi-finales et de la finale. En 1996, le nombre d'équipes admises en phase finale passe à 16, divisées en 4 groupes de 4 équipes. Les deux premiers de chaque poule se qualifient pour jouer les quarts de finale . L’UEFA s’adapte au bouleversement des frontières européennes liée à l’éclatement de l’ancien empire soviétique : 47 équipes se disputent la qualification pour la phase finale, qui s’étale dorénavant sur trois semaines. Les compétitions européennes inter-clubs.

 

A partir des années 1920, des compétitions inter-clubs sont organisées sur le sol européen, mais à un échelon régional, en ne réunissant qu’un nombre limité de formations. En 1927, l’autrichien Hugo Meisl (1881- 1937) est à l’origine de la Mitropa Cup (Mittel Europa Cup) dont la première édition se dispute à Venise. De 1927 à 1940, elle réunit pendant l’été deux équipes autrichiennes (allemandes après l’Anschluss), hongroises, tchécoslovaques, yougoslaves, italiennes, auxquelles s'ajoutent à partir de 1929 deux formations suisses et roumaines. La création des coupes d’Europe dans les années 1950 la relègue au second plan. Elle disparaît finalement du calendrier sportif au tout début des années 1990. En 1949 est créée la Coupe latine, inspirée par Jules Rimet. Cette compétition oppose, jusqu’en 1957, des formations espagnoles, portugaises, françaises et italiennes . Elle se déroule chaque année en juin, sur quatre jours, dans une ville d'un des pays concernés. Tous les quatre ans, le trophée est décerné en fonction des performances accomplies lors des éditions écoulées. Les clubs en lice à la coupe latine (Real Madrid et FC Barcelone, Stade de Reims, Benfica Lisbonne ou Milan AC) s’illustreront bientôt dans les coupes d’Europe créées dans les années 50. Les coupes d’Europe inter-clubs que nous connaissons aujourd’hui voient le jour dans les milieux journalistiques. Elles seraient nées d’un mouvement d’humeur de Gabriel Hanot, ancien joueur international et éditeur de L'Équipe, contre la proclamation du Daily Miror pour qui le club anglais Wolverhampton Wanderers mériterait le titre de champion d' Europe après deux victoires significatives contre le Honved Budapest et le Spartak Moscou en matches amicaux. Le 15 décembre 1954, Hanot réfute dans L'Équipe le point de vue du Daily Miror et lance l'idée d'un Championnat d'Europe des clubs. Les 2 et 3 avril 1955, à l'hôtel Ambassador, à Paris, Jacques Goddet, patron du quotidien, réunit les présidents de quinze des principaux clubs européens. C’est au cours de cette réunion qu’est créée une nouvelle compétition, sous l’autorité de la toute jeune UEFA, qui démarrera dès la saison 1955-56. La compétition est censée permettre aux vainqueurs des championnats nationaux de se départager. Seize équipes participent au premier tournoi remporté le 13 juin 1956, à Paris, par le Real Madrid aux dépends du Stade de Reims. En plus de cette coupe d’Europe des clubs champions, deux nouvelles compétitions inter-clubs verront le jour en 1961 puis en 1971 : la Coupe des vainqueurs de Coupe et la Coupe de l'UEFA .

 

COMPOSITION ET STRUCTURES DE L'UEFA.

 

Comme « la » construction européenne, l’ « Europe du football » naît dans la première moitié des années 1950. L’UEFA est l'union des associations européennes de football. Elle se définit comme « l'instance dirigeante du football sur le continent européen » . L’UEFA se fixe pour principales missions de « veiller au développement du football européen à tout niveau et de promouvoir les principes d'unité et de solidarité », « accroître l'accès et la participation, sans discrimination de genre, religion ou race, et soutenir la croissance de la popularité du jeu », « promouvoir les valeurs positives du sport, à savoir le fair play et l'antiracisme », « être le porte-parole de la famille européenne du football ». Les ambitions de l’UEFA dépassent donc largement le domaine du sport et l’esprit des fondateurs de la construction européenne paraît souffler sur cette organisation : là où il était question, implicitement ou explicitement, de supériorité et de nationalisme, en Italie en 1934 ou en Allemagne en 1936, il s’agit d’insuffler un état d’esprit empreint d’ « unité », de « solidarité », sans discrimination. L’UEFA est une association régie par le droit suisse . Ses langues officielles sont l’anglais, le français et l’allemand, auxquelles s’ajoute le russe pour les congrès. Ses statuts comportent 14 titres et des dispositions complémentaires . L’UEFA, qui revendique la neutralité politique et religieuse , utilise pour énoncer ses buts, la promotion du football avant tout, un vocabulaire couramment employé dans les discours des fondateurs de la construction européenne. «L’esprit de paix , de compréhension et de fair-play, sans discrimination » sont mis en avant ; il s’agit « d’assurer l’unité » des membres de l’UEFA sur les questions qui relèvent de sa compétence et de veiller à ce que, dans leurs rapports avec l’instance dirigeante du football à l’échelon mondial, la FIFA (fédération internationale des associations de football), ses représentants agissent dans un « esprit de solidarité européenne » . Il existe donc en l’occurrence, au moins en principe, une communauté européenne de vues sur les questions internationales, dans le domaine footbalistique. La qualité de membre de l’UEFA est accessible pour « les associations européennes qui ont leur siège dans un Etat indépendant reconnu par l’ONU et qui sont responsables de l’organisation et de la mise sur pied du football sur le territoire de leur pays » . Ces dispositions souffrent quelques objections. En effet, elles ne s’appliquent pas à l’Angleterre, l’Ecosse, l’Irlande du Nord, le Pays de Galles, ni aux îles féroé, archipel rattaché au Danemark. En fonction du contexte politique, elles peuvent engendrer ou refléter des crises, générer des débats inattendus mais aux implications particulièrement délicates. C’est ainsi que, en novembre 2003, la Fédération de football de Gibraltar (GFA) a pu obtenir un jugement du Tribunal arbitral du sport indiquant que sa candidature à l'Union européenne de football était légitime. En effet, lorsque la GFA, créée en 1895, a présenté sa candidature, en 2001, les règles de l'UEFA autorisaient la présence de membres qui ne sont pas des pays indépendants, comme ceux cités plus haut dans ce paragraphe. Après la candidature de Gibraltar, les règles ont été modifiées afin de n'accepter que les associations des pays indépendants et souverains. Les objections de l'Espagne semblent avoir joué un grand rôle dans ces inflexions des statuts de l’UEFA car la situation offrait un précédent à d’éventuelles prétentions basques ou catalanes. A titre exceptionnel, et avec l’accord de la FIFA, la qualité de membre peut être attribuée à une association nationale d’un autre continent, à la condition qu’il ne soit pas membre d’une autre confédération . Le cas le plus exemplaire en l’occurrence est celui d’Israël, qui dispute les éliminatoires de la coupe du monde de football et du championnat d’Europe, ainsi que les compétitions inter-clubs, dans le cadre européen. La prise en compte de facteurs politiques est flagrante ici : il est difficile d’imaginer les formations Israélienne, Syrienne, Jordanienne et Irakienne s’affronter en matches aller-retour dans l’espoir d’obtenir une qualification pour la phase finale d’une compétition. Dans d’autres cas, en ce qui concerne la Turquie, la Russie ou les pays du Caucase, l’UEFA a montré dès sa naissance une conception particulièrement large de l’espace européen, sans se laisser influencer de façon systématique par les conditions politiques. Ainsi, les pays du « bloc de l’Est » se sont associées d’emblée aux compétitions créées par l’UEFA dans les mois qui suivaient, il est vrai, la mort de Staline. En ce qui concerne l’Europe occidentale, le légendaire Real Madrid, où s’en alla jouer Raymond Kopa, a sans doute contribué à améliorer dans l’imaginaire populaire, l’image de marque de l’Espagne, infréquentable sous Franco. Enfin, pour espérer intégrer l’UEFA, les membres pressentis doivent donner les garanties d’un mode de fonctionnement démocratique. L’article 7 des statuts de l’UEFA (alinéa 5), qui fait l’inventaire des « droits et devoirs des membres », établit que ceux-ci « doivent veiller à ce que l’organe exécutif de leur association soit désigné au moyen d’élections libres ». L’UEFA pouvait-elle réellement affirmer que ces conditions étaient bel et bien honorées dans les démocraties populaires ? Les chefs d’Etat ont compris depuis quelques décennies la nécessité qu’il y avait à paraître dans les grandes manifestations sportives, voire à être capable de formuler un commentaire pertinent sur un événement sportif. Les dirigeants de fédération, les entraîneurs, les joueurs, personnages médiatisés et populaires, doivent donc être ménagés pour s’attirer les faveurs de l’opinion publique. L’organe suprême de l’UEFA est le congrès annuel. Un congrès extraordinaire peut être convoqué par le comité exécutif ou à la demande écrite d’un cinquième des membres au moins . Le congrès est constitué à l’image d’une société démocratique : chaque association dispose d’une voix, quels que soient le pays, le palmarès et le nombre de licenciés qu’elle incarne. Il est ici possible de se poser les mêmes questions qu’en face de la composition d’une organisation internationale : les représentants des fédérations allemande, italienne, anglaise ou espagnole sont-ils en permanence enclins à accepter l’idée de peser autant dans les décisions que les représentants des fédérations albanaise, chypriote ou estonienne, sans parler de Saint-Marin ou d’Andorre ? Le congrès élit les membres du comité exécutif, soient 13 personnes et le président, pour un mandat de 4 ans . Le comité exécutif est partiellement renouvelé tous les 2 ans. Une nation ne peut être représenté par plusieurs personnes simultanément au sein du comité. Celui-ci, une fois constitué, élit 4 vice-présidents et un trésorier pour un mandat de deux ans. Le Comité exécutif se réunit en général tous les 2 mois, sur convocation du président . Celui-ci représente l’UEFA, dirige les séances des congrès et des comités exécutifs, tranche en cas d’égalité des voix lors des votes . La « gestion opérationnelle » de l’UEFA est confiée au directeur général nommé par le comité exécutif. Le directeur exécutif de l’UEFA assiste aux séances du congrès et du comité exécutif, des commissions, doté d’une voix consultative . Il est notamment chargé d’établir un plan d’activités annuel et le budget de l’UEFA. En matière comptable, l’UEFA tire ses recettes de différentes contributions et divers prélèvements : l’essentiel des revenus provient des droits d’inscriptions aux compétitions versés par les clubs ou les associations, des ventes de billets, des droits de retransmission sur tous types de supports, des annonceurs . En 2004, l’Union des associations européennes de football a fêté ses cinquante années d’existence. Comme le précise l’article 49 de ses statuts, c’est elle qui « décide seule de l’organisation et de la suppression de compétitions internationales en Europe auxquelles participent des associations et/ou des clubs de celles-ci ». Mis en relation avec la popularité dont jouit le football et les intérêts financiers qui se sont greffés sur la pratique de ce sport au cours des trente dernières années, cette affirmation définit tout le pouvoir pris par l’UEFA depuis sa fondation. 30 pays participent dès le début à la construction de « l’Europe du football » : les six pionniers de l’aventure européenne sont représentés ; l’Espagne franquiste prend part à l’initiative ; une dizaine de pays du bloc de l’Est, alors que Staline vient de mourir, maintiennent par le biais du sport leurs contacts avec l’Europe occidentale. Christian Bromberger, directeur de l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative (IDEMEC) a montré comment l’équipe de football est devenue un emblème majeur de l’État-nation . Comme le montre le tableau ci-dessus, une des premières requêtes des nations nouvellement indépendantes, ou en attente d’indépendance ou au moins d’autonomie, est de demander leur affiliation à la FIFA. Par le biais du football, les nations du Royaume-Uni, ainsi que les îles Féroé, montrent leurs couleurs et affirment leur identité . Les « petits pays » du vieux continent trouvent dans les compétitions organisées par l’UEFA, le moyen de se faire connaître et de mettre en valeur leur patrimoine et leur potentiel touristique. Dès 1962, la Turquie fait le choix sportif de l’Europe plutôt que celui du Moyen-Orient et l’UEFA corrobore ce choix. Dans les années 1990, l’UEFA fait la démonstration de sa réactivité en acceptant immédiatement en son sein la mosaïque d’Etats, d’Europe centrale mais aussi du Caucase, issus de la dissolution de l’empire soviétique. Elle autorise également Israël à disputer les compétitions européennes. Il ressort de ces choix une conception très large, dès 1954, de l’Europe et une volonté d’indépendance affirmée envers les turbulences du contexte politique européen et international. Sauf cas véritablement exceptionnel comme l’interdiction faite à l’équipe nationale yougoslave de disputer la phase finale du championnat d’Europe des nations 1992, l’UEFA fait abstraction de la situation politique d’un pays et ne pratique guère le boycott. Néanmoins, c’est inévitable, les enjeux de certaines rencontres dépassent le seul cadre sportif. Cela a pu être le cas de matches entre la RFA et la RDA, l’Irlande du Nord contre l’Irlande du Sud , la Grèce contre la Turquie, la France face à l’Allemagne. Comme l’a vu, notamment, Pascal Boniface, les candidatures du type « Prix nobel de la paix», pour obtenir la responsabilité de l’organisation d’un événement sportif comme l’Euro, se multiplient, à l’exemple de la co-organisation par la Corée du Sud et le Japon de la Coupe du monde 2002 . Les candidatures communes présentent cet avantage de diminuer les coûts en matière d’aménagements. Pour avoir des chances d’être retenues par l’UEFA, il faut qu’elles soient porteuses d’une lourde charge symbolique. La Bosnie-Herzégovine et la Croatie, la Grèce et la Turquie, ont déposé des candidatures de ce type. D’autres dossiers conjoints véhiculaient un message d’une autre nature que celui de la réconciliation : Danemark, Finlande, Norvège et Suède ont présenté une candidature commune intitulée «Unis par le sourire» ; l’Ecosse et l’Irlande ont également présenté une candidature commune ; la Suisse et l’Autriche, auxquelles il reviendra finalement, d’après la décision prise par l’UEFA le 12 décembre 2004, d’organiser l’Euro 2008, ont intitulé leur candidature «Cœur de l’Europe ». Union européenne et Europe du football. La coïncidence de calendrier entre le lancement de la construction européenne et celui des compétitions européennes de football est notoire. Existe-t-il un lien entre les deux ? Peut-être peut-on considérer que le ballon rond a pu familiariser les publics, et donc au moins en partie « l’opinion », à la notion d’Europe et contribué à renforcer le sentiment de l’unité européenne . Mais il faut bien constater que ces compétitions européennes fournissent l’une des seules occasions de mettre en avant les signes extérieurs de reconnaissance nationale (hymne, drapeaux, couleurs, symboles) et d’exprimer, parfois avec violence, les hostilités intercommunautaires . Comme l’a souligné Pascal Boniface : « la définition classique de l’Etat repose sur trois critères traditionnels : un territoire, une population, un gouvernement. On serait tenté d’en ajouter un quatrième : une équipe nationale de football, porte-drapeau de la nation » . Le football s’est développé très librement de façon autonome, comme le sport en général, dans la sphère privée et l’intérêt de l’Union européenne pour le sport est très récent . La véritable irruption de l’Union européenne dans la réglementation sportive ne survient qu’en décembre 1995, avec l’ « arrêt Bosman » qui applique le principe de la libre circulation des personnes aux footballeurs professionnels. Avant les années 1990, l’Union européenne ne s’est impliquée que de manière indirecte dans les questions sportives, en sous-estimant sans doute sa portée économique et financière ou du moins en se contentant d’y voir une activité ludique. Le sport est ainsi soumis au principe de subsidiarité : sa gestion est laissée aux Etats membres et l’harmonisation est d’autant plus difficile que tous les gouvernements ne consacrent pas la même importance politique à la question sportive. Peu de gouvernements comprennent des ministères exclusivement consacrés au sport. La plupart incluent le sport dans un portefeuille ministériel plus large. En fait, le sport se trouve au carrefour de différents axes qui, eux, relèvent bel et bien des compétences communautaires : la santé et la question épineuse du dopage, la politique audiovisuelle, la paix et l’ordre public face au « hooliganisme », l’éducation, la formation et la jeunesse. Au cours des années 1990, en raison de l’importance économique mais aussi politique et sociale, prise par le sport, et le football en particulier, l’Union européenne s’est intéressée de plus près à ce secteur. En 1992, une déclaration qui accompagne le Traité de Maastricht mentionne le sport pour la première fois, en mettant l’accent sur sa « signification sociale ». En 1997, un amendement à la directive sur la télévision sans frontières permet aux Etats membres d’élaborer une liste d’événements (entre autres sportifs) dont la diffusion doit rester gratuite et accessible au plus grand nombre. En 1997, par la déclaration n°29 du Traité d’Amsterdam, « la conférence souligne l’importance sociale du sport et en particulier son rôle de ferment de l’identité et de trait d’union entre les hommes. La conférence invite dès lors les institutions de l’Union européenne à consulter les associations sportives lorsque des questions importantes ayant trait au sport sont concernées ». Les représentants du monde associatif sportif se voient donc reconnaître un rôle privilégié, une perspective de partenariat avec les décideurs politique. Dans les conclusions de la présidence du Conseil de Vienne en 1998, les Etats membres se sont engagés à lutter contre le dopage et ont invité la Commission à produire le rapport d’Helsinki sur le sport en vue de maintenir la fonction sociale du sport dans le cadre communautaire . A Nice en 2000, la déclaration du Conseil prend note de la déclaration du millénaire de l’ONU sur la promotion de la paix et de la compréhension mutuelle au moyen du sport et de la trêve olympique. En février 2003, le Conseil et le Parlement approuvent l’établissement de l’année européenne de l’éducation par le sport pour 2004. Enfin, l’article III-182 du projet de traité constitutionnel soumis au Conseil de Thessalonique en juin 2003, mentionne le rôle éducatif et social du sport, lequel est présenté à l’article 16 comme un domaine où l’UE peut prendre des mesures de coordination, de complément ou d’appui.

 

Dans son ouvrage intitulé La Terre est ronde comme un ballon. Géopolitique du football, Pascal Boniface a montré comment ce sport est devenu « le plus mondial des phénomènes » : « Le football est plus répandu que la démocratie, Internet ou l’économie de marché. Zidane, Beckham ou Raul sont plus connus dans le monde que Chirac, Blair, Aznar, Bill Gates ou Ted Turner… La Fédération internationale de football (FIFA) compte plus de pays membres que l’ONU, 203 contre 190 ». L’Europe du football va de l’Atlantique jusqu’à l’Oural et de la Baltique au Caucase. Elle peut être perçue comme le lieu d’expression des ancestrales querelles de clochers. Mais c’est également un formidable champ d’expérimentation des nouvelles solidarités et une expérience significative d’élaboration d’une identité européenne.

Laurent Barcelo (Article publié dans le revue Guerres mondiales et conflits contemporains, Paris, puf)

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