Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Laurent Barcelo

Laurent Barcelo

Voyages Pacifique Tahiti Polynésie Australie Etats-Unis Nouvelle-Zélande Guadeloupe Antilles Caraïbes


SCIENCE, INNOVATION TECHNIQUE, SOCIÉTÉ. ANNÉES 1850-ANNÉES 1950

Un moment d’innovation, la deuxième révolution industrielle

 

La seconde révolution industrielle, fondée sur l’électricité et le moteur à explosion, s’étend sur un siècle, du milieu du XIXe siècle au milieu du XXe siècle.

 

Révolution industrielle et système technique

 

A)    3 grandes révolutions industrielles.

 

3 révolutions industrielles successives caractérisées par l’émergence et le développement d’un système technique (ensemble cohérent et interdépendant de technologies) particulier, qui  engendre une économie et une société différentes de celles qui ont précédé :

– la 1ère révolution industrielle née au XVIIIe siècle en Angleterre est fondée sur un système technique lié à la machine à vapeur. Elle fait passer le monde occidental du capitalisme commercial au factory system (système usinier) ;

– la 2nde révolution est celle de l’électricité et du moteur à explosion. À partir des années 1880, elle conduit à une production de masse mais aussi à la consommation et à la culture de masse ;

– enfin les années 1970 voient l’avènement de « la 3ème révolution industrielle », fondée sur les technologies de l’information et fait naître la « société de communication ».

 

B)    Un nouveau monde industriel.

 

Les nouvelles sources d’énergie : l’électricité remplace progressivement la vapeur. Elle facilite la vie quotidienne et révolutionne progressivement les transports (chemin de fer, tramway, métro). Elle est à la source des mutations dans la diffusion des informations mais aussi une nouvelle représentation de la notion de « loisir » (télégraphe, téléphone, cinéma, radio, télévision) et le développement de l’électroménager (vie quotidienne). Le pétrole, utilisé pour le chauffage domestique, se voit offrir de larges perspectives d’expansion avec l’invention du moteur à explosion puis le développement de l’automobile et l’aviation.

 

C)    De nouvelles industries sources de croissance.

 

Métallurgie : l’acier est utilisé dans le chemin de fer, la construction, les industries d’armement, les navires, les automobiles, les machines-outils.

Automobile : rôle d’entrainement de l’ensemble de la production industrielle grâce à ses liens avec différentes industries en amont (métallurgie, chimie, pétrole).

Chimie : fabrication d’engrais, colorants de synthèse, matières plastiques, produits pharmaceutiques, textiles artificiels). Exemple : Dupont de Nemours (EU), IG Farben (Allemagne), Imperial chemical industries (RU)

 

Innovation/invention

 

L’innovation doit être distinguée de l’invention. L’innovation est l’introduction sur le marché d’un objet ou d’un service nouveau à une échelle assez grande pour transformer les conditions de la production. Certaines inventions ne sont pas des innovations dans la mesure où, économiquement, elles n’ont pas d’incidence.

L’innovation peut prendre différentes formes:

– l’innovation de produit : on produit un bien qui n’existait pas jusque-là (1879, Thomas Edison fabrique une lampe à incandescence);

– l’innovation de procédé : on introduit une nouvelle méthode de fabrication (Ex : 1856, l’Anglais Henry Bessemer découvre un procédé qui permet la transformation de la fonte en acier et la production de celui-ci en grande quantité et à moindre coût);

– l’innovation de matière première (nouvelle matière textile) ;

– l’innovation de débouchés : on crée de nouveaux marchés en vendant à l’étranger ou en vendant à de nouvelles catégories de consommateurs sur le marché intérieur ;

– l’innovation en matière d’organisation de la production, par exemple un changement dans l’organisation du travail (Taylor, Ford).

 

La période qui va du milieu du XIXe siècle aux années 1950-1960, constitue un moment d’innovation foisonnant marqué par la cohabitation de trois générations de technologies.

·        La première, héritée du XVIIIe siècle, a fait naître un système technique fondé sur le charbon, la vapeur, le fer et la chimie minérale.

·        La seconde génération s’appuie sur l’électricité, le pétrole et la chimie organique.

·        La dernière, qui débute avec le siècle, est centrée sur la maîtrise de l’électron et ouvre la voie aux technologies nucléaires.

 

Le passage d’un système technique à l’autre ne se fait pas par ruptures mais par glissements successifs, par insertion progressive de nouvelles technologies. Il peut s'écouler beaucoup de temps entre l'innovation et son insertion dans la vie quotidienne de tous (électrification). L’innovation se fait dans un processus cumulatif.

L’apparition d’innovations est en partie liée à l’accroissement de la consommation ; elle répond à l’apparition de nouveaux besoins. Une entreprise qui réussit est celle qui sait se mettre à l’écoute de sa clientèle. Le comportement des consommateurs a fait l’objet d’étude de marché. Les innovations participent à l’émergence de la société de masse.

Elles peuvent également proposer des solutions aux impasses technologiques rencontrées par la société (la pollution des grandes villes génère une réflexion qui conduit à la mise en place du tout-à-l’égout).

Les innovations sont le fruit des efforts d’acteurs très divers : détenteurs du savoir (savants, universitaires ingénieurs, hommes de métiers, techniciens et ouvriers), entrepreneurs, l’État. Chacun de ces acteurs appartient à une communauté, s’inscrit dans des réseaux sociaux : l’entrepreneur s’appuie sur un réseau de connaissances (scientifiques, commerciales, gestionnaires, juridiques), de solidarités qui assurent la mobilisation des capitaux mais aussi sur un réseau politique qui lui garantit les appuis nécessaires.

 Ainsi, les innovations ne sont pas restées longtemps l’œuvre d’inventeurs isolés disposant de moyens sommaires ainsi que le montrent le parcours des Curie ou les conditions de la découverte de la pénicilline. À partir de 1880, l’entreprise s’impose comme le lieu de l’innovation avec ses bureaux d’études, ses services de gestion, ses laboratoires de recherche. Les laboratoires Bell, (« Bell labs ») créés en 1925 dans l’état du New Jersey constituent un bon exemple de fonctionnement du laboratoire de recherche en milieu industriel qui caractérise la seconde révolution industrielle. L’innovation devient le fruit d’un travail collectif. L’État joue aussi un rôle. Il intervient en investissant (construction des routes, des chemins de fer), en finançant la recherche fondamentale, mais aussi en élaborant une réglementation (brevets, propriété intellectuelle).

 

Les expositions universelles sont des lieux de mise en scène du progrès. Certaines innovations soulèvent l’enthousiasme (« fée électricité »). D’autres provoquent des réactions plus mitigées : l’automobile (poussière, bruit, dangerosité), nouveaux médias soupçonnés d’abrutir les masses et de favoriser l'individualisme au détriment de la sociabilité, division du travail condamnée par les syndicats comme un moyen d’exploitation des travailleurs et de déshumanisation.

 

Propriété intellectuelle

 

La propriété intellectuelle garantit au créateur d’une invention sa qualité d’auteur et lui assure une exclusivité sur son exploitation. Cela s’applique au domaine industriel comme à la création artistique et littéraire.

 

La « propriété industrielle » serait née à la Renaissance avec l’apparition du premier brevet d’invention (Venise, 1474). Mais c’est avec l’industrialisation qu’apparaît un véritable système des brevets. La constitution d’organismes publics chargés de diffuser les connaissances (publications de revues scientifiques) est une étape décisive. La loi permet aussi d’accorder des droits (lois du 17 août 1790 aux États-Unis, en France du 7 janvier 1791) aux inventeurs qui divulguent leurs résultats à la communauté. Cette nécessité devient d’autant plus forte que l’innovation technologique dépend directement de l’effort financier consenti. Des lors, pour s’assurer d’un retour sur investissement, entreprises ou particuliers cherchent à protéger leurs innovations ou créations.

A la fin du XIXe siècle, dans le contexte d’une concurrence accrue avec les débuts de la Grande Dépression, se développe une réflexion sur la façon de rendre l’organisation du travail plus scientifique. Vulgarisée par les ouvrages de l’ingénieur américain Taylor, l’organisation scientifique du travail ou taylorisme a pour objectif d’accroître la productivité en rationalisant le travail des ouvriers. Elle dissocie les tâches de conception et d’organisation confiées aux cadres et les tâches d’exécution attribuées à des ouvriers chronométrés. Taylor n’a pas inventé le travail à la chaîne, production standardisée qui existait au Royaume-Uni dès les années 1840 dans des entreprises fabriquant des voitures hippomobiles.

À cette recherche d’une plus grande efficacité du travail qui diminue le coût (et donc augmente les profits) et permet de parvenir à une production de masse, l’Américain Henri Ford dans ses usines automobiles de Détroit ajoute l’idée de développer le marché de consommation en combinant la standardisation, le travail à la chaîne et une politique de salaires élevés. La rationalisation des tâches engendre des gains de productivité qui sont en partie redistribués aux ouvriers par une hausse des salaires. L’ouvrier mieux rémunéré a la possibilité d’acheter la voiture qu’il fabrique en série: il n’est plus seulement facteur de production mais consommateur potentiel du produit fini. L’augmentation salariale évite également une rotation trop élevée des ouvriers dans l’entreprise. Le travail à la chaîne est resté minoritaire. En France il concerne surtout l’automobile ; Berliet fut le premier à l’adopter en 1919, puis Citroën dans les années 1920, puis Renault.

La réussite d’une innovation peut s’expliquer par l’intérêt que les consommateurs lui portent. L’automobile fournit un bon exemple. Née autour de 1890, son développement commercial commence à partir de 1898. Au départ, la clientèle est essentiellement une élite fortunée désireuse d’originalité et de modernité. L’effet de mode est immédiat. Peu de constructeurs ont anticipé le phénomène et ils doivent s’adapter à une demande croissante tout en construisant des modèles de plus en plus maniables. Le constructeur Ford réussit à faire du marché de l’automobile un marché de masse avec la Ford T. En Europe, l’automobile devient un produit de consommation plus courante après la Seconde Guerre mondiale ; la Volkswagen en Allemagne ou la 2CV (1948) en incarnent les versions populaires.

Une innovation peut profondément transformer certains aspects de la vie collective. Ainsi, l’exposition universelle d’électricité de Paris (1881) consacre la réussite de cette nouvelle forme d’énergie auprès du public. Ces innovations contribuent à renforcer la sécurité des rues, à prévenir les risques d’incendie mais aussi à combattre l’immoralité (notamment la prostitution, qu’on accusait l’obscurité de favoriser). Des sinistres catastrophiques tels que celui de l’Ambassade d’Autriche au début du XXe siècle lors d’une réception à la bougie ou celui de l’Opéra comique en 1887, qui ont eu un impact considérable sur les esprits, ont également joué en faveur de la diffusion de l’électricité. Ce besoin d’une lumière abondante et moins dangereuse, est comblé avec l’apparition de la lumière électrique dans les habitations et l’éclairage des rues la nuit.

 

Laurent Barcelo d’après éducsol

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents